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les riches et les pauvres

jacques siron  textes

création Juin 2011, Genève

Le monde est plein d'injustice : il existe une cruelle inégalité entre les riches et les pauvres.

Le riche a plus à perdre qu'un pauvre, car par essence un pauvre ne peut rien perdre puisqu'il n'a rien au départ. Le riche vit plus dangereusement que le pauvre : il prend un risque sur sa richesse, alors que le pauvre n’en prend aucun. Où est l’égalité ? Heureusement qu'existe une justice sociale qui veille sur celui qui risque le plus. Il est juste que le riche soit plus protégé que le pauvre.

Dans un tsunami, le riche perd beaucoup plus que le pauvre. La maisonnette du pauvre, qui souvent enlaidit le paysage, est facile à reconstruire. Le riche voit disparaître sa vaste demeure, ses collections d’art, les arbres qu’il a plantés avec goût. Il est juste que le riche habite en haut de la falaise.

Le pauvre ne peut qu’emprunter au riche, alors que le riche ne peut pas emprunter au pauvre. Seul un riche peut partager et pratiquer la bienfaisance, alors que le pauvre n’a rien à partager. Le riche fait le bien, le pauvre profite de sa bienfaisance. La nature du pauvre est d’être égoïste et profiteur. Même riche il ne pourrait y renoncer. Si tout le monde était riche, il n’y aurait plus moyen de faire le bien. La seule utilité du pauvre est de permettre au riche d’exprimer sa bonté.

Ces dernières années, le riche a non seulement amélioré sa qualité de riche, mais il a aidé le pauvre à perfectionner sa pauvreté.

Le pauvre rêve de devenir riche. Le riche ne rêve pas de devenir pauvre. Le pauvre vit dans le rêve, alors que le riche vit dans la réalité.

Pourquoi le pauvre ne gagne-t-il pas plus ? Parce qu'il ne fait que dépenser son argent pour s’acheter du pain, se vêtir et se loger. Il est par nature dépensier. Sans doute, le riche dépense aussi pour sa nourriture, ses vêtements et sa maison, mais contrairement au pauvre, il a la prévoyance de conserver une grande partie de son argent. Le riche voit loin ; il ose construire l'avenir. La richesse est une forme de sagesse dont les pauvres sont dépourvus, eux qui claquent tout au fur et à mesure. Il est sage que l'argent des sages soit mieux rémunéré que celui des écervelés.

Le riche est plein d'imagination et de ressource. Regardez toute les astuces qu'il sait déployer pour optimiser ses impôts. Quant au pauvre, c'est à peine s'il arrive à exécuter les ordres d'un contremaître, ou à nettoyer le château sans casser le lustre du salon.

 

La pauvreté est une plaie pour l'humanité. Un excellent moyen de lutter contre la pauvreté consiste à diminuer le nombre de pauvres. Moins il y a de pauvres, mois il y a de pauvreté. Imaginons que tous les pauvres deviennent centenaires : la planète serait totalement envahie par la pauvreté. La seule solution, c’est que l’espérance de vie des pauvres reste courte. Il est salutaire qu’on leur limite l’accès aux soins.

Une civilisation se construit par accumulation de dons offerts par les anciennes générations à leurs descendants. C'est cette générosité qui permet de réaliser de grandes choses. Hélas, comme les pauvres n'ont rien à léguer, ils ne contribuent pas vraiment aux bienfaits de la civilisation. Ils en profitent sans rien donner à leurs enfants. Or sans don, la civilisation s'effondre. Heureusement que les riches transmettent des héritages qui sauvent la civilisation de la pauvreté de la barbarie.

Le pauvre est médiocre en calcul, car son horizon mathématique est très limité : il n'a aucune idée de la différence entre un million et un milliard.

De manière injuste, le pauvre paie peu d'impôt. De plus, il est ingrat : il méconnaît tout ce que font les riches en sa faveur. Tant d'ingratitude mérite une leçon : que le pauvre devienne encore un peu plus pauvre. Ainsi peut-on espérer qu'il commence à apprendre la vraie valeur de l'argent.

Une société a besoin de héros, d’idoles, de modèles. Aujourd’hui, ces modèles sont les top managers. Leurs salaires font rêver tout le monde. Sans cet idéal, personne n’irait travailler.

Ne faut-il pas une loi contre les pauvres ? Il existe trop de faux pauvres, qui prétendent être pauvres alors que tout le monde pourrait faire un effort.

L'avidité fait partie de la nature humaine.
La finance est basée sur l’avidité. La finance ne fait que révéler la nature humaine, elle n’est pas responsable de la nature humaine et on ne peut donc pas l’accuser d’être immorale. Il est impossible de supprimer l'avidité, car sans elle, il n’y a pas de nature humaine. Peut-on accuser l’homme d’être un homme ?
Tout ce qui s’oppose à la nature humaine déshumanise l’homme et le dénature. Elle doit pouvoir s’exprimer sans entrave.
La nouvelle forme de l’humanisme, c’est la finance.